Interview du Rav Yermiahou Koën chlita ancien Dayan du Beth Din de Paris

1°) Question :  Vous avez occupé durant près de 10 ans le poste de Dayan du Beth Din de Paris et à ce titre nous souhaitons vous interroger sur des sujets divers qui concernent notre communauté. Votre éclairage compte étant donné que vous êtes une sommité reconnue. Vos écrits font référence parmi les personnalités du monde de la Thora. Nous savons que depuis quelques années l’abattage rituel est sur la sellette en France mais également en Europe, quelle est la situation qui prédomine aujourd’hui ?

Réponse du RYK : La situation est plus compliquée de manière générale en Europe. A l’heure où je vous parle la Pologne par exemple, après avoir suspendu l’abattage rituel par un décret officiel est revenue sur sa décision depuis quelques jours. Le Centre des rabbins européens a pu convaincre le premier Ministre  et son Ministre de l’agriculture vont tenter de trouver des solutions afin de continuer d’abattre dans leur pays. En France c’est différent, parce que dans chaque abattoir  nous subissons des contrôles  de plus en plus contraignants notamment sur les lignes d’abattage. Cette situation  engendre  forcément des  retards sur ces chaines et agace les personnels des abattoirs, aux yeux desquels  nous sommes devenus des boucs émissaires…Tout ceci est la conséquence de quelques  vétérinaires «écologiques» qui passent leur temps à nous compliquer la vie. Parfois, ils considèrent que les yeux de la bête abattue sont trop ouverts…ou encore que la bête bouge!. On peut assimiler cela à une sorte «d’harcèlement» contre les chohatims qui font un travail remarquable !.

2°) Question : Dans ces conditions, l’atmosphère  doit être parfois tendue dans les abattoirs Français?

RYK : Evidemment, tous les Chohatim vous le diront, il y a beaucoup de tension ! ajouter à cela qu’une nouvelle disposition de loi sur le terrain permet désormais aux employés d’abattoirs  d’achever la bête après chéhita  d’ un coup de pistolet après une minute…Les 35 chohatimes du Beth Din sont en permanence sur le qui vive et font preuve d’une grande vigilance pour que ce délai  de 60 secondes soit respecté entre l’abattage rituel et le coup de pistolet…Certes, ce mode  expéditif choque un peu, mais c’est la réalité sur le terrain à laquelle nous sommes confrontés  quotidiennement !.

3°) Question : Et que dit la Halakha à propos de l’achèvement de la bête par ce procédé?

RYK :  Dans le cadre de la loi, après  la chéhita de la bête,  il est permis après  60 secondes de l’achever ainsi. Car on considère que la bête s’est vidée de son sang. Ceci est un cas évidemment de «Lekha tkhila»  c’est-à-dire imposé!. L’an dernier j’avais saisi quelques hautes personnalités  européennes pour leur expliquer justement  avec des preuves à l’appui,  que notre mode d’abattage était indolore. D’ailleurs de nombreux vétérinaires et scientifiques  “non juifs” précisent que l’animal ne souffre pas au cours de l’abattage rituel, mais par contre souffre bien au cours d’un abattage classique au pistolet. Notre abattage impose de couper les veines (canet et vechet)qui font baisser en une seul fois et de façon importante l’arrivée du sang vers le cerveau  et ainsi la bête est considérée comme si elle était sous anesthésie générale et ne ressentait pas l’abattage.

4°) Question : Ce point a-t-il était confirmé par des scientifiques ?

RYK : Evidemment par exemple le Docteur Niv a découvert que la position de l’animal entraînait une forme d’hypnose qui lui ôtait toute douleur, de façon définitive.  Quand aux conclusions des Docteurs Selhased, Dyukes, Liben et Levinger elles précisent qu’un minimum de sang continue à arriver vers le cerveau après l’abattage rituel, ce qui arrête dès le début le processus de douleur. Ils affirment même que l’abattage rituel  désamorce, le processus de respiration ainsi que les organes de la régulation du sang dans le cerveau, et qu’en conclusion, la bête meurt de la façon la plus simple qui soit. Voilà pourquoi à priori bien que  la bête soit achevée après la chéhita elle continue d’être permise, évidemment  une fois que toutes  les vérifications- les bédikot- sont faites.

5°) Question: On dit cependant  que les bêtes  qui peuvent se révéler non cacher, sont  définitivement  «boycottées» par les circuits habituels…

RYK : Effectivement,  elles le sont  essentiellement  par de grands groupes français de la distribution dont je tairai les noms…

6°) Question : Pensez- vous qu’il y aura encore des soucis à se faire pour la chehita en Europe?

RYK : Vous savez, un problème en entraînera  forcément un autre! C’est un peu comme la boite à pandore… Ces systèmes que je dénonce sont en place dans quelques abattoirs, mais ma crainte, c’est qu’ils se généralisent à l’ensemble des pays…

7°) Question : Lorsque vous parlez de «système» vous faite allusion aux contraintes?

RYK : Bien sur ! Tenez par exemple, dans certains abattoirs à l’issue de l’abattage, la bête est dépecée et un employé vient sectionner la carcasse avec une scie électrique avant même que nos vérificateurs ne rentrent en action!. Souvent cela occasionne  des lésions sur les poumons que nous ne pouvons plus vérifier. Nous avons souvent protesté, mais du fait de cette atmosphère  un peu hostile, personne ne nous écoute !

8°) Question : Rav Yérmiahou Koen, vous êtes à la veille de votre départ pour Israël pour rejoindre “définitivement” votre famille, qu’avez vous appris de votre expérience en France?

RYK :  Baroukh Hachêm (Bli Aynara)  je suis encore en bonne santé même si j’ai pris ma retraite. Je vous rappelle que j’ai occupé ce poste de responsabilité durant prés de 10 ans. J’ai acquis une formidable expérience très enrichissante. J’ai travaillé avec des personnalités formidables  notamment avec le Grand Rabbin David Messas zatsal. Nous avions l’un pour l’autre beaucoup de respect et c’est ce qui a permis  d’œuvrer pour l’image du consistoire.  J’ai encore des projets plein la tête que j’espère mettre en oeuvre grâce aux soutiens et aux encouragements  de nombreuses personnes.

9°) Question : Pour conclure, quelles sont vos craintes et vos espoirs pour le monde juif dans les temps à venir?

RYK : Pour le monde juif, je crains le déferlement de haine en Europe mais également contre les Yéchivot en Israël  et  les décrets pour l’arrêt des subventions quelles reçoivent. Un Autre sujet me préoccupe énormément, c’est celui de la conversion  en Israël !. Vous savez, de mon point de vue nous sommes tous assis sur un arbre qui est la Thora et certains qui se disent des frères ou des amis se mettent à scier l’arbre qui nous porte ! . N’oublions pas que l’Etat d’Israël est entouré de plusieurs milliards d’individus qui ne nous veulent pas que du bien..  et ce n’est que grâce au miracle permanent de la Thora et l’accomplissement des Mitsvot  qu’Israël subsiste et subsistera encore à l’image de la Hannoukia. Par conséquent lorsque j’observe qu’on veut abattre cet «Arbre» de la Thora qui nous concerne tous, j’ai très peur et je prie pour que ces “frères” ou ces “amis” fassent réellement téchouva et ouvrent leurs yeux et leur cœur.  En tant que Cohen, je leur donne ma Berakha : «Yassé chalom mimromav…Veasé chalom alénou vé al khol  Israël Vé yomrou Amen !». Permettez moi pour terminer d’adresser  mon salut fraternel à l’ensemble de la communauté juive .

 

 

 

 

Thom Ford, (client)
http://demolink.org